Je ne te connais pas, et tu ne me connais probablement pas. Même si tu pourras glaner quelques renseignements sur moi et m’insulter via mon formulaire de contact, je pense que tu ne le feras pas en lisant ce billet.
Sache que ce template que tu dois reprendre, j’y ai objectivement mis toutes mes tripes. Et j’y ai aussi laissé des plumes.
Tu pourrais croire que je n’en avais rien à foutre, et pourtant, je peux t’assurer que j’y ai jeté toutes mes compétences pour le tenir à bout de bras. J’ai même régulièrement pris ta défense, même si on ne se connaissait pas. Je sais que tu te dis que je suis une enflure qui a engendré un monstre à 10 têtes impossible à maintenir et que tu me maudis sur 5 générations minimum.
Laisse-moi te mettre tout cela en perspective.
J’ai été mandaté par un de tes « responsables » pour faire donc le template de <biiiiip>. J’ai senti que, comme dans toute grosse organisation, tout le monde y allait à reculons. Je le comprends et je ne le juge pas : le passage au responsive sur un site aussi complexe, ce n’est pas facile quand il n’y a pas à proprement parler de culture responsive dans ta boîte, et surtout trop ou trop peu de personnes impliquées. Clairement ton responsable avait été lancé dans ce projet parce qu’il en fallait un. Nous l’appellerons « ton chef » afin de faire plus court.
Il a donc fait appel à moi, et quand je dis à moi, je devrais dire à nous. Nous avons guidé ton chef qui était paumé, et qui reconnaissons-le, a été bien content de trouver cette culture responsive qu’il n’avait pas.
Ton chef m’a également challengé, j’ai vu – et c’est tout à son honneur – qu’il s’est intéressé au sujet, il me parlait de pré-processeurs, de frameworks CSS, etc. En bon développeur, je lui ai aimablement expliqué ce que cela impliquait, et cela lui a remis les idées à l’endroit (car bien entendu, il mélangeait tout). C’était principalement en pensant à toi, pour t’éviter que les décideurs viennent expliquer aux techniciens comment ils doivent faire leur métier. Que chacun s’occupe de ses moutons, et les sites seront bien gardés.
Nous avons fait un premier jet (nous aussi, on aime les défis), et cela a dépassé nos attentes et celles de ton chef. Sans aucune prétention, on a envoyé du lourd à tous les niveaux, et ça ton chef l’a compris et l’a apprécié.
J’ai développé tout à la mimine et j’ai insisté pour dissuader ton chef de construire un énième clone de site bootstrap, tu sais, le genre de site « wouhaou » mais qui ressemble bigrement à ses congénères et qui pèse quelques mégas.
Bref, ton chef s’est retrouvé du coup en première ligne sur un projet qui partait avec le soleil devant et le vent dans le dos. Et du coup, comme dans toute grosse organisation, dès que le vent tourne de manière positive, tout le monde monte dans le bateau. Je me permets de te le redire : il n’y a aucun jugement de ma part, les choses sont ainsi.
Et du coup, tout le monde a voulu en être. Et c’est là que c’est parti en sucette. Ton chef a voulu satisfaire tout le monde. Résultat, rien que la page d’accueil était proprement délirante. Trop de contenus, trop de composants, trop de tout. Et ce n’était pas la complexité qui était le pire, mais que tout cela devait fonctionner en responsive. Nous avons bien tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises, mais ton chef s’est grisé, et il a été poussé par un monstre capable du meilleur comme du pire : la politique.
Si la politique est géniale en sa capacité de donner la direction, elle est aussi capable de faire marcher le monde à l’envers en prenant des décisions irrationnelles.
Je te passe les détails, le projet péchu s’est transformé en monstre de complexité. Tout le monde chez toi y a mis son grain de sel. Et ça a été un festival de fausses-bonnes idées. C’était désespérant de devoir faire un bon en arrière et de re-expliquer 500 fois pourquoi 99% de toutes ces suggestions étaient débiles. Nous avons dû trouver des compromis.
J’ai dû développer des trucs vraiment difficiles. Non seulement ça me faisait mal au sac de faire des trucs délirants (sur le mobile en particulier), mais j’avais encore plus mal pour celui qui allait reprendre, toi en somme. Tu noteras que tout est commenté, rangé, robuste, testé. Par contre, oui, toutes ces petites briques (simples) empilées n’ont rien de simple in fine, spécialement pour toi qui récupère le bébé.
Je ne nous dédouane pas : nous aurions peut-être dû être inflexibles et intangibles, je ne le sais pas. Tout grisé de son aura, ton chef a cru que nos remarques étaient de la fainéantise, et les a clairement ignorées. Tu demanderas à ce dernier pourquoi il a écouté ces fausses bonnes idées au lieu d’écouter ceux dont c’est le métier. J’avoue que je regrette aussi que tu n’aies pas été impliqué, même si je l’ai demandé à plusieurs reprises. Car bien entendu, dans le travail que j’ai fourni, chaque point de détail a son importance. Et vu la complexité dantesque des demandes, l’édifice ne souffre aucune faiblesse ni aucun changement sans une grande prudence.
Bref, toi qui me maudi(ssai)s, maintenant tu comprends mieux pourquoi le travail que tu récupères est aussi complexe : sûrement pas parce que je l’ai souhaité, mais parce que je n’ai pas pu faire autrement.